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14/04/2013

Etape 5: Le marathon des sables, c'est déjà fini

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230km répartis sur cinq étapes, une trentaine de plats lyophilisés, douze ampoules, mais une grande satisfaction: avoir passé la ligne d’arrivée. Me voilà «Finisher» du marathon des sables comme on dit dans ce petit monde. Au bout de ce long chemin dans le désert, j’ai eu droit comme tous les concurrents à la bise du directeur de course Patrick Bauer, qui m’a remis la médaille sur la ligne.

Comme beaucoup, je n’ai pu retenir une petite larme qui n’était d’ailleurs pas la première de la semaine. L’émotion, voilà ce que j’étais inconsciemment venu chercher dans le Sahara. On m’en avait beaucoup parlé avant de prendre le départ. J’ai pu comprendre sur place pourquoi cette course était si spéciale. Quand on est totalement coupés du monde et condamnés à se faire mal pour atteindre un but, les masques tombent. Manger, dormir, courir (se soigner aussi…) étaient nos seules préoccupations.

Dans ces moments-là, on revient vite à des valeurs simples, qu’on a tendance à oublier au quotidien. L’entraide, le don de soi, l’humilité, l’écoute. Je n’ai pas compté le nombre de «Allez Romain», «On va aller au bout», «Comment vont tes pieds?», «On s’accroche, c’est bientôt fini» de la part de coureurs dont je ne connaissais rien il y a quelques jours. Dans l’effort, il n’y a plus de «Monsieur» ou «Madame», de classe sociale, de nationalité, de jugement de l’autre. On est tous égaux, à puer la transpiration pour une expérience, certes un peu couillonne, mais tellement enrichissante.

Ici, le classement ne compte pas. Je l’ai regardé deux fois. Après la première étape pour me rassurer et la dernière pour voir où j’ai terminé. 425e pour l’anecdote. L’essentiel n’est pas là. Certains partent en pèlerinage, d’autres font le marathon des sables. Je crois c’est en cela que j’ai touché à la «magie» de cette course. J’en retiendrai une aventure humaine très forte, avec des rencontres marquantes.

Sans mes compagnons de tente, Anne, Benoît, Eric, Grégory, Patrick et Stewen, l’aventure n’aurait pas eu la même saveur. Tous sont radicalement différents, mais chacun m’a apporté quelque chose. Qu’ils m’aient conseillé, motivé, écouté, rassuré, fait marrer, je les remercie pour cette semaine à la fois riche et éprouvante. Alors que mes orteils ressemblent à un légume entre le radis et la tomate cerise, je crois qu’à petite dose, j’ai attrapé ce virus qui force les coureurs à revenir manger du sable chaque année au mois d’avril. Moi qui ai pourtant juré cent fois pendant la course que «plus jamais, alors ça plus jamais» je ne participerai à une épreuve aussi folle...

13:32 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (16)

11/04/2013

Etape 4: La course, c'est le pied

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Plus qu'un marathon et c'est fini. Je n'aurais jamais imaginé écrire une phrase aussi absurde un jour. Je connais la difficulté de courir 42km, même en randonnée, mais après une étape de 76 bornes, bouclée de nuit en 14h, un marathon ne fait plus peur à grand monde.

L'étape longue était bien l'Everest de ce Marathon des Sables, avec des cordons de dunes à n'en plus finir, un thermomètre montant à 49 degrés et une fin d'étape à la lampe frontale sur un terrain caillouteux. Dingue, mais inoubliable, comme ce coucher de soleil au milieu des dunes.

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Mes pieds s'en souviendront aussi longtemps. Avec la bonne douzaine d'ampoules que j'ai aujourd'hui je pourrais éclairer tout le bivouac. Je passe chaque soir une heure sous la tente médicale. Le dernier médecin qui m'a soigné a même pris en photo mes pieds, «parce qu'il n'avait pas encore fait de huit sur dix» en bandage d'orteils. C'est le grand mal qui touche tous les coureurs ici.

Beaucoup abandonnent quand la douleur est accompagnée d'une infection ou d'une plaie trop importante. Par chance, mes pieds ne sont pas infectés et le seul risque que je cours pour l'instant est la souffrance. Du coup, elle m'accompagne tout au long de la journée. J'essaye de l'apprivoiser, avec quatre à cinq Doliprane par jour.

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Une fois lancé, je m'interdis d'enlever mes chaussures car je serais incapable de les renfiler. En course, les pieds gonflent beaucoup (malgré deux pointures en plus) et après quatre ou cinq heures d'effort, les brûlures sont telles qu'on ne les ressent plus.

Oui, c'est très étrange, mais on est anesthésié. Quelque part, ces ampoules m'ont aussi forcé à ralentir par moments et inconsciemment, à m'économiser. Quand on est focalisé sur une douleur ciblée, on oublie toutes les autres. Qui sait si pour l'instant ce n'est pas ce qui m'a sauvé?

19:53 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (3)

09/04/2013

Etape 3: Comment s'occuper l'esprit en courant

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Trottiner 6h30 dans le désert, c'est bien sympa, mais ça occupe quand même beaucoup plus les jambes que l'esprit. Alors à quoi pense-t-on pendant tout ce temps?

Pour ma part, j'ai quelques petites habitudes de course qui me permettent de rester lucide. Je regarde d'abord ma montre assez souvent pour boire une vingtaine de gorgées tous les quarts d'heure. Cela rythme bien la journée.

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Toutes les heures, je grignote quelque chose. Des barres énergétiques bien souvent, mais aussi une pastille de sel, fournie par les médecins pour éviter la déshydratation. Aujourd'hui, je me suis enfilé un paquet de noix de cajou, un vrai bonheur entre deux gels énergétiques.

Sinon, j'ai un petit jeu. Comme tous les concurrents ont leur prénom et leur nationalité inscrits sur leur dossard, dès que j'en croise un je cherche une personnalité qui corresponde à ce nom. Un Alessandro italien ou un Javier espagnol, fastoche. Mais pour trouver un Shingo japonais ou un Jutti finlandais, il faut s'accrocher.

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Parfois, j'aime bien discuter avec les concurrents quand la forme me le permet. Je prends aussi quelques photos de temps en temps. Et si la lassitude me gagne, je sors mon lecteur MP3. En général, je me le réserve pour les deux dernières heures de course. En arrivant au troisième bivouac, au pied du djebel de Mouchaane, je me suis mis les Strokes et Franz Ferdinand dans les oreilles. Ça passe très bien. Quelques ondes positives ne font pas de mal avant l'étape reine de ce marathon des sables, longue de 76km.

Je vous laisse, mes pâtes lyophilisées m'attendent sous la tente avant d'aller pioncer.

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21:33 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (5)

 
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